Dossiers de presse
Paris, le 8 octobre 2004
Mise à jour : 22 mars 2007
La participation française aux expériences
du Cern
Le
communiqué
de presse

Les grands instruments : accélérateurs
et collisionneurs
S’intéressant à l’infiniment petit,
les physiciens des particules tentent de caractériser les
constituants ultimes de la matière et les interactions fondamentales
qui s’établissent entre ces constituants. Un va-et-vient
permanent entre expérience et théorie permet aux
chercheurs d’avancer dans cette quête. C’est
ainsi qu’en 1949, pour rétablir l’équilibre
et redonner du prestige à la science européenne,
le physicien français Louis de Broglie, lauréat du
prix Nobel, propose la création d’un laboratoire scientifique
européen à l’occasion de la conférence
européenne de la culture à Lausanne.
Les instruments permettant de caractériser les particules
fondamentales et leurs interactions, de vérifier expérimentalement
les prédictions du Modèle standard ou d’obtenir
les données expérimentales permettant de comprendre
la théorie sous-jacente, sont :
– soit des accélérateurs consistant à accélérer
des particules sur des cibles fixes ;
– soit des collisionneurs dont le principe est d’accélérer
deux faisceaux de particules et de les faire entrer en collision
au centre d’un grand détecteur.
Plus on veut aller loin dans l’infiniment petit, plus l’accélérateur
doit être puissant(1). C’est ce qui explique la puissance
croissante des accélérateurs et collisionneurs du
Cern (en 50 ans, on est passé de la centaine de MeV à la
dizaine de TeV). Une des clefs du succès du Cern est d’avoir
pour chaque nouvel accélérateur réutilisé le
précédent comme injecteur.
Le Cern en quelques dates et découvertes majeures
- 1954 : ratification de la convention par les 12 pays fondateurs
dont la France
- Les années 60 : les premiers outils
et les débuts
de la physique subatomique
Les deux premiers accélérateurs, le synchrotron-cyclotron
de 600 MeV (SC) et le proton-synchrotron (PS) de 28 GeV, marquent
le début de la physique subatomique. Leurs énergies
permettent d’accéder à la physique des protons
et des interactions faibles. Le CEA et le CNRS contribuent au développement
des premiers détecteurs, notamment des chambres à bulles.
- Les années 70 et 80 : les premiers collisionneurs
Les ISR, collisionneurs de protons de deux fois 31 GeV, constituent
les premiers collisionneurs de protons au monde. Ils permettent
d’accéder à la physique des constituants du
proton et des interactions fortes.
Le SPS de 400 GeV est, avec ses 2,2 kilomètres de diamètre,
le premier grand accélérateur souterrain du Cern.
En 1983, le collisionneur proton-antiproton permet la découverte
des particules messagères de l’interaction faible
W et Z, fait historique qui a donné lieu au Nobel en 1984
pour Rubbia et Van der Meer. La France a participé activement
aux deux grandes expériences UA1 et UA2.
La France a participé aux quatre grandes expériences
du LEP : Aleph, Delphi, L3 et Opal et a été présente
sur tous les fronts de l’analyse des données.
Le LEP, accélérateur circulaire de 27 kilomètres
de circonférence, a fonctionné de 1989 à 2000.
Deux faisceaux de particules, l’un d’électrons
et l’autre de positons (antiélectrons), y étaient
accélérés jusqu’à des vitesses
proches de celle de la lumière. Les collisions produites,
au niveau des 4 expériences (détecteurs), ont permis
de former et d’étudier principalement les particules
messagères de l’interaction faible : W+, W- et Z0.
Les énergies atteintes étaient de 91 GeV au début
de sa mise en service, et de 207 GeV à sa fermeture.
Dans une première phase d’expérimentations,
entre 1989 et 1995, l’énergie atteinte au LEP, 91
GeV, avait permis de produire en grand nombre et d’étudier
le boson Z0. Plusieurs points du Modèle standard ont été confirmés
et la masse du Z a pu être déterminée avec
une précision mille fois meilleure qu’elle ne l’était
avant la mise en service du LEP. Il a été notamment établi
que le nombre de familles de particules était de trois et
de trois seulement. L’une des plus belles réussites
du LEP (et du Modèle standard) a été de permettre
la détermination de la masse du quark top, avant même
qu’il ait pu être mis en évidence au Tevatron.
À partir de 1995, l’énergie du LEP a été progressivement
augmentée (161 GeV par faisceau en 1996, 207 GeV en 1999
et 2000), ce qui a permis de produire et d’étudier
les bosons W produits par paires. La masse du W a été déterminée
avec précision. De nombreuses prédictions du Modèle
standard ont été vérifiées et la plupart
des paramètres de ce modèle déterminés
avec précision.
Les dernières mesures, effectuées en 2000, ont montré aux
physiciens, en particulier dans le détecteur Aleph, plusieurs " événements " qui
pourraient être la signature de la présence d’un
Higgs. Après une réanalyse minutieuse, la probabilité pour
que ces évènements soient en fait des processus classiques
est estimée à environ 8 %, une probabilité bien
trop élevée pour affirmer une découverte.
Par ailleurs, le recoupement des mesures de précision (dans
le cadre du Modèle standard) permet de cerner la masse du
Higgs avec une fourchette assez large : 170 ± 50 GeV
La confirmation ou l’infirmation du signal entrevu au LEP,
ou la découverte du Higgs ailleurs dans la gamme ci-dessus,
reviendra donc au LHC.
(1) de haute énergie, exprimée en électronvolts
(eV)