Conclusions du conseil scientifique des 20 et 21 juin 2005
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Membres présents :
Éric Aubourg, Jean-Claude Brient, Jacques
Chauveau, Hugues Delagrange, Daniel Froidevaux, Bernard Degrange,
Elyette Jegham, Lydia Iconomidou-Fayard, Fanny Rejmund, Jean-Loup
Puget, Olivier Pène, Yorick Blumenfeld,
Daniel Treille, Christian Cavata, Jerôme Steibel
Membres excusés :
Mark Huyse, Marco Napolitano
Assistaient à la session fermée
:
Michel Spiro, François
le Diberder, Stavros Katsanevas, Sydney Galès, Éric
Suraud, Philippe Lavocat et Marcel Lieuvin
Étaient invités
comme rapporteurs :
Leslie Camilleri,
Jos Engelen, Ruediger Voss, Karsten Riisager, Ties Behnke, Jan
Timmermans et Erik Heijne
Secrétaire scientifique :
Lydia Iconomidou-Fayard
Session ouverte, présentations sur les sujets suivants
:
- Le calcul à l’IN2P3 : Fairouz
Malek et Dominique Boutigny
- CREAM : Michel Buenerd
- AGATA : Amel Korichi et Gilbert Duchêne
- Physique hadronique
: Michel Guidal
- OPERA : Henri Pessard
- R&D détecteur ILC : Jean-Claude Brient
et Marc Winter
- Informations par le Directeur de l’IN2P3.
Ordre du jour
En préalable à la suite, le CS enregistre
une remarque de la Direction de l’IN2P3 et y souscrit : le
futur proche constitue la "dernière ligne droite" pour
le LHC et une forte priorité doit être donnée à l’attribution
des moyens nécessaires pour assurer le succès de
cette entreprise vitale.
Concernant la prochaine réunion du CS, dont il faut rapidement
arrêter la date, il est envisagé de n’accepter
qu’un petit nombre de projets, et de consacrer une bonne
partie du meeting à la discussion et au suivi des sujets
traités dans les sessions récentes.
Relevé de conclusions
1. Mini-revue de la CESPI (Marcel Lieuvin)
Suite à la présentation du projet ALICE au dernier
CS, aux discussions plus générales sur les difficultés
rencontrées par les 4 expériences LHC, et suite aux
recommandations qui ont suivi et à la demande du Directeur
de l’IN2P3, la CESPI s’est engagée dans une
revue très succinte des quatre expériences LHC, orientée
plus particulièrement sur les difficultés de main
d’oeuvre, d’organisation et de financement. Une analyse
globale des principaux risques majeurs lui était également
demandée.
Il est à noter que :
534 personnes (324 à temps plein) de l’IN2P3 contribuent
aux expériences LHC.
De sérieux problèmes, qui pourraient conduire à un
détecteur incomplet pour le démarrage en 2007, sont
confirmés au sein de la collaboration ALICE. Pour le Bras
Dimuon la qualité du circuit de base, le MANAS fabriqué à Dehli,
pose toujours question. Par ailleurs un coordinateur technique
manque cruellement. Pour le SSD, une réunion d’experts
du tab-bonding pour les modules s’impose d’urgence.
D’autre part la faisabilité globale des échelles
n’est pas encore acquise. Le détecteur de trigger
V0 doit être prêt pour installation en avril 06 et
diverses mesures s’imposent pour que cela se réalise.
La préparation de LHCb ne montre pas de risque majeur identifié.
La communauté française respecte globalement ses
budgets et ses délais. On observe néanmoins un manque
de physiciens croissant qui pourrait devenir un handicap à la
prise et à l’analyse de données.
CMS a toujours comme éléments critiques le calorimètre électromagnétique
(production des cristaux, réalisation super-modules, etc)
et le trajectographe (production des hybrides et modules, intégration
au CERN). Pour tenir le planning très serré de 2007
il faut s’attendre à devoir injecter des forces supplémentaires
sous diverses formes (CDD, contrats externes, recrutements, entraide
interlaboratoires, …). Les deux calorimètres bouchons
et les pixels seront installés en hiver 2007/2008.
ATLAS est en bonne voie. Les risques techniques et organisationnels
paraissent maîtrisés ou en tout cas minimisés
par la compétence des équipes. La réalisation
en temps des trois couches du détecteur de vertex à pixels
semble assurée. Un grand effort est à consentir sur
le calcul et le software, surtout en vue du commissioning global
du détecteur en 2006.
Une explosion des besoins en financement des missions nécessaires
est attendue pour 2006 et 2007 pour l’ensemble des quatre
expériences.
Au vu du premier constat des difficultés impliquant des
besoins supplémentaires, le Directeur de l’IN2P3 souhaite
qu’au cas où des choix dramatiques s’imposeraient
pour assurer les engagements de l’Institut les deux grandes
expérience ATLAS et CMS soient soutenues en priorité.
2. Le calcul à l'IN2P3
(rapporteur : Jos Engelen, CERN)
Le projet LCG est une priorité pour le futur en ce qui
concerne l’exploitation des données du LHC. Il regroupe
un grand nombre de laboratoires dans le monde, à travers
une Grille de calcul. Les données, enregistrées par
les quatre expériences, seront produites une première
fois au CERN dont le centre de calcul est considéré comme
Tier0. On distingue deux autres types de centre, les centres Tier1
et les Tier2, distribués dans les pays participant au projet.
-
Les centres Tier1 participent à la réduction
de données et au reprocessing. Ils couvreront 10% des
besoins de calcul du LHC. En France, le CCIN2P3 sera un centre
Tier1.
-
Les centres Tier2 seront des environnements
d’analyse
et de production de MC. En France, on pourra avoir un centre à Clermont
(installé déjà grâce à des contrats
avec la région et qui doit être pluri-disciplinaire),
un à Nantes et un autre en Ile-de-France.
Il faut souligner l’importance du développement des
Tier2 sans lesquels la puissance de calcul disponible ne sera pas
suffisante pour les besoins de simulation et d’analyse des
expériences.
Le rapporteur souligne certains points importants
:
-
les expériences ne suivent pas les développements
nécessaires assez rapidement et avec le personnel adéquat.
-
un
besoin général en personnel spécifique
sur LCG est ressenti.
-
les Centres Tier1 auront besoin de plus
d’un
interlocuteur par expérience pour faire face à la
situation.
En ce qui concerne les demandes :
-
les demandes
formulées pour la quantité en espace
disque et CPU semblent conformes aux besoins.
-
une demande de financement
de 16ME sur 3 ans est faite. Afin de mettre à niveau la
salle de calculs au CCIN2P3, 1.5 M€
sur 2 ans sont demandés pour les travaux nécessaires à son
fonctionnement jusqu'à 2008. Ensuite des aménagements
plus importants sont à prévoir.
Conclusions et recommandations
Le CS félicite les orateurs, Fairouz Malek et Dominique
Boutigny, et leurs collaborateurs pour la clarté et le contenu
de leurs exposés.
Le projet LCG France a fait de très grands progrès
et sa situation est jugée globalement satisfaisante
L’objectif
est de fournir aux quatre expériences
LHC une infrastructure de calcul commune, en deux phases successives,
de R&D (01-05) et de déploiement (06-08). Conformément
au modèle de calcul du LHC l’objectif
prioritaire jusqu’en 08 est que le CCIN2P3 se constitue en
un Tier1 de la Grille LCG, aux fonctions bien définies et
très
performant, et se dote également d’une facilité d’analyse
LHC.
Le projet LCG France est
maintenant solidement organisé,
dirigé et piloté. Les demandes des expériences
LHC sont reçues, discutées et transmises de manière
adéquate. Le profil de déploiement des ressources
en CPU, disk, stockage de masse en vue d’assurer un Tier1
en 2008 est défini, ainsi que celui des ressources humaines.
Comme on pouvait s’y attendre cela correspond à une
croissance spectaculaire. Quelques jalons du projet, “data
challenges” et “service challenges”, ont permis
d’en vérifier le fonctionnement et d’en identifier
certaines faiblesses.
La réalisation et le financement des Tier2, mis actuellement
en seconde priorité, est néanmoins étudiée
et doit être clarifiée progressivement. L’IN2P3
encourage les communautés locales à les faire naître,
en respectant le cadre LCG et en incluant le personnel requis.
À cette
description des objectifs et des besoins, le
Directeur du CCIN2P3 a apporté une réponse documentée,
réaliste et responsable. Il place clairement en
priorité le
LHC, mais garde à l’esprit comme il se doit les demandes
des autres utilisateurs et l’entretien des infrastructures.
Une équipe Projets Grille au CCIN2P3 a pour mission d’assurer
la bonne participation du CC dans les projets Grille dont il est
partenaire. Systèmes et applications devant être ajustés,
un dialogue permanent entre expériences et CC est impératif.
Les expériences sont encouragées à s’approprier
les middlewares nécessaires.
Dès l’an prochain le volet LHC représentera à lui
seul plus que l’investissement annuel moyen du CC et sa montée
en puissance doit se faire en trois ans à un rythme qui
exigera du management rigueur et inventivité. En dépit
de reconversions progressives de certains membres du CC vers le
LHC (3 à 4 par an), des embauches seront nécessaires
et devront inclure des ingénieurs. Il
est urgent que soit faite une évaluation très précise des besoins
financiers en investissements et des besoins humains, en insistant
particulièrement sur les embauches de permanents.
Il
faut également s’attendre à l’apparition
de nouveaux utilisateurs potentiels, y compris hors de la Physique
des Particules : il est certain que des arbitrages
clairs des priorités
seront nécessaires.
Le Directeur scientifique
du CERN, Jos Engelen, a exprimé un
avis très favorable de la situation. Le CS le remercie
chaleureusement pour le temps consacré à cette revue et l’intérêt
qu’il porte aux problèmes de calcul IN2P3.
3. CREAM (rapporteur : Eric
Aubourg)
Il s’agit d’une demande de participation à la
seconde phase de vols de ballon au dessus de l’Antarctique.
CREAM est une expérience existante, visant à mesurer
l’énergie et déterminer la nature des particules
cosmiques dans la région d’énergie de 1 à 500
TeV. Les questions auxquelles CREAM pourra répondre partiellement
concernent les mécanismes d’accélération,
d’interaction et de propagation des différents types
de noyaux, jusqu'à proximité du “genou“ du
spectre des rayons cosmiques. Pour donner un exemple : dans le
cas d’une accélération due aux restes de supernovae
le nombre atomique des noyaux doit augmenter avec l’énergie.
Dans cette région, CREAM est le seul projet pouvant mesurer
E et Z. Il pourra aussi couvrir les zones à plus basse énergie
déjà étudiées par des expériences
au sol et servir ainsi à l’inter calibration.
Lors du premier vol de CREAM des données ont été enregistrées
pendant 30 jours. La mesure de Z est faisable mais sa résolution
se dégrade avec la masse. Comme amélioration, les
laboratoires de Grenoble, de Toulouse et de Mexico proposent la
construction d’un compteur RICH, le CHERCAM (pour Cherenkov
Camera), inspiré de celui d’AMS2. Le compteur serait
pris en charge par les français tandis que le Mexique s’occuperait
de l’aérogel (différent de celui de AMS2 mais
ne posant pas de problème a priori).
Conclusions et recommandations
Après l’exposé de M.Buenerd, précisé par
celui du rapporteur E.Aubourg, le CS reconnaît que le
projet de rayons cosmiques CREAM possède un potentiel de physique
intéressant.
Par la mesure d’indices spectraux et de
rapports de populations de noyaux atomiques dans la région
de 1 à environ
500 TeV, on obtiendrait des éclaircissements sur les mécanismes
responsables du "genou" du spectre cosmique, lui
même inaccessible faute de statistique. Ces informations
pourraient permettre de tester divers modèles de propagation
galactique pouvant contraindre les contributions respectives des
restes de supernovae et d’autres objets, galactiques et extragalactiques,
dans le spectre cosmique. L’introduction d’un
RICH/aerogel dans CREAM donnant un accès indépendant
et robuste au numéro atomique constitue une amélioration
considérable
de l’expérience.
Malheureusement le document présenté ne contenait
ni examen quantitatif solide des résultats à attendre,
ni description de ce qu’on pourrait en tirer comme interprétations
physiques. De l’avis unanime du CS, il ne pouvait être
approuvé en l’état et devra être considérablement
renforcé et précisé pour une re-soumission éventuelle.
Une autre question restant à clarifier est de connaître
les interférences de cette nouvelle activité avec
les implications du groupe dans le programme AMS. La réponse
passe sans doute par une revue de ces dernières, dans le
cadre du calendrier officiel d’AMS, et un examen attentif
du partage d’activités, hardware et préparation
d’analyse, des protagonistes entre les deux projets (et éventuellement
d’autres).
4. AGATA et son démonstrateur (rapporteurs : Karsten Riisager
(Aarhus) et Erik Heijne, CERN)
AGATA est un spectromètre gamma pour la Physique Nucléaire.
Il pourra étudier des sujets variés de la physique
des faisceaux stables et radioactifs et être couplé à d’autres
détecteurs. AGATA est considéré comme un projet
hautement prioritaire pour la physique nucléaire de l’avenir.
Le détecteur est une boule de germanium faite de 180 cristaux
dont chacun est segmenté électriquement en 36 segments.
Son efficacité repose sur la reconstruction des trajectoires
des photons. Le gain de sensibilité par rapport aux appareillages
actuels sera de deux à trois ordres de grandeur. L’étude
du projet est bien avancée.
En ce qui concerne les projets en compétition, le détecteur
GRETA aux US avance également.
La faisabilité d’AGATA va de pair avec la disponibilité des
puces de readout analogique abordables.
Les cristaux constitueront la majeure partie du coût total
de 50 M€ et seront développés et fabriqués
par l’industrie. Peut-on réduire le coût final
en prenant en charge une partie du R&D, surtout que cette industrie
possède de fortes affiliations françaises?
Les effets d’irradiation sont à étudier. Normalement,
les cristaux de germanium sont faciles à régénérer
par chauffage. Néanmoins, dans le cas d’AGATA, il
y a beaucoup de contacts dont il faut surveiller la tenue au chauffage.
L’expérience obtenue sur EXOGAM (16 segments au lieu
de 36) permet d’être optimiste.
Les échéances concernant le démonstrateur
: le premier triple-cluster doit être opérationnel
au printemps 2006, le démonstrateur à 4 triple-clusters à la
mi-2007.
Concernant la reconstruction du signal, on se base sur la reconnaissance
des formes d’impulsions (PSA). Pour chaque photon incident,
plusieurs segments sont touchés et la forme des signaux,
de charge ou induits, dépend de la profondeur et de la position
des dépôts d’énergie. Pour réduire
le volume de données, il faut que seules soient retenues
par événement les parties concernées d’AGATA,
ce qui requiert une reconstruction en ligne. Deux méthodes
sont à l’étude actuellement mais on ne dispose
pas encore de solution satisfaisante quant à la reconstruction
rapide des données, surtout dans le cas des grandes multiplicités.
L’efficacité attendue est de 80% pour une multiplicité de
1 photon et de 50% si la multiplicité est 4-5.
Conclusions et recommandations
AGATA, boule de
détecteurs Ge très fragmentés
(environ 7000 canaux), est un projet de grand
intérêt
physique et instrumental, placé en haute priorité par
NuPECC. Il promet des progrès très considérables
en physique nucléaire, comme cela a été bien
illustré sur quelques exemples par les orateurs, A.Korichi
et G.Duchêne.
Plus que d’AGATA, il est actuellement question de son Démonstrateur
(1/15ieme de l’objet final). Le CS a
apprécié la
quantité et la qualité de l’information contenues
dans le rapport présenté, démontrant la compétence
et la rigueur de l’équipe.
Ce rapport illustre
les progrès et les acquis, tout en
soulignant bien les difficultés considérables du
projet (par ex. 1 Gigaoctet/s vers le software !). En plus de la
réalisation du détecteur, les performances requises
de son électronique, des algorithmes d’analyse de
forme des impulsions (PSA) et de tracking de photons sont des objectifs
ambitieux dont chacun doit impérativement être atteint.
Vu
la difficulté de chaque étape un programme rigoureux
de milestones doit être suivi avant le lancement du projet.
L’organisation d’AGATA semble solide, tant sur le
plan français qu’européen. L’engagement
français est très fort. Un problème de financement
UK est à signaler. Il serait également souhaitable
qu’une ouverture supplémentaire vers les pays nordiques
soit recherchée. Il est apprécié que le dialogue
soit maintenu avec les acteurs de l’expérience US
GRETA.
AGATA est un projet dont le principe se prète à la
multidisciplinarité, comme le montrent les contacts pris
(mathématiques, INRIA), et qui présente des
spin-off potentiels en imagerie auxquels on peut réfléchir
déjà.
La destination du Démonstrateur est en négociation
: une solution naturelle possible serait qu’il aille au GANIL.
Le
surcoût des premières capsules
pourrait poser le problème de la maîtrise du coût
avec un constructeur en situation de monopole. Toute tentative
pour essayer de sortir de cette situation est vivement encouragée,
en particulier la possibilité d’identifier des points
de transfert de R&D entre industrie et labos.
La prise en charge
du DAQ par l’IN2P3 explique le reste
du surcoût et la demande d’argent supplémentaire.
Dans
un avenir encore lointain AGATA devrait devenir gros consommateur
de calcul. Il sera utile, le moment venu,
de préciser cet
aspect.
Le CS remercie les rapporteurs E.Heijne et K.Riisager
pour la pertinence de leurs avis.
5. Physique hadrronique (rapporteur : Ruediger VOSS, CERN)
Cette physique couvre une large palette de sujets à basse énergie.
Elle apporte des informations sur les nucléons de nature
différente de celles qu’on tire d’autres expériences
comme à HERA par exemple.
Les études correspondantes ont comme objets le contenu étrange
du nucléon (JLAb et MAMI), les Generalized Parton Distributions
(via le Deep Virtual Compton Scattering), la spectroscopie, les
effets du milieu (FOPI). Les choix à faire concernent le
moyen terme (2007– ) avec CLAS, HADES, MAMI et le long terme
(au delà de 2012 ) avec des projets de grande envergure à JLab
et à FAIR au GSI.
Les deux projets à long terme sont complémentaires
:
JLab à 12 GeV : étude de GPD, fonctions de structure,
effets du milieu, facteur de forme des baryons, etc.
PANDA à FAIR : étude du charmonium, glueballs, hypernoyaux,
dibaryons, facteurs de forme région temps.
Il n’est pas facile de classer leur intérêt
scientifique. A JLab les collaborations sont plus petites et flexibles
et le programme semble plus adapté au profil des physiciens
français. En plus, la sonde électromagnétique
est a priori un outil plus propre pour faire ce type de physique.
D’autre part, PANDA qui étudiera les collisions proton-antiproton
a d’autres avantages : c’est une grande collaboration à budget
important et la proximité du site facilitera la vie de la
communauté française.
Peut-on faire les deux? C’est jugé ambitieux,
si on regarde les effectifs. Néanmoins, il serait sage de
ne pas trancher aujourd’hui puisque aucun de deux projets
n’est
encore approuvé. La participation à un projet de
JLab serait faisable avec 4-5 personnes (en tenant compte des effectifs
du SPhN). Quel que soit le choix final, même avec les 3 embauches
sur 5 ans que la communauté IN2P3 demande, les personnels
ne seraient pas suffisants pour garantir une masse critique.
Conclusions et recommandations
Le
CS félicite M.Guidal pour la qualité remarquable
de son exposé de synthèse. Il remercie le rapporteur
R.Voss pour son excellente analyse.
Concernant les expériences en cours, le CS apprécie
la compétence de leurs acteurs et les résultats obtenus
dans divers secteurs de physique hadronique. Les concepts
discutés
sont intéressants. Il est très satisfaisant de voir
que notre compréhension du nucléon progresse.
Le CS
apprécie la volonté manifestée d’exploiter
les investissements tout en réduisant progressivement la
dispersion considérable des activités (arrêt
prochain de GRAAL, retours sur ALICE de divers acteurs,..). Il
recommande que cette tendance se maintienne, sans dispersion nouvelle,
et qu’à terme (2010) la communauté hadronique
se focalise sur les programmes hautement prioritaires, dans l’hypothèse
où ceux-ci se déroulent comme prévu.
Au
vu des thèmes de physique illustrés ou évoqués,
on peut estimer que la sonde leptonique offre plus de simplicité et
de clarté. C’est la physique qu’offrirait, en
plus de COMPASS, JLAB à 12 GeV et CLAS++. Cette option fait
partie de l’un des deux programmes prioritaires présentés
dans le document de prospective issu de la Colle-sur-Loup comme
objectifs à long terme.
En fait l’orateur a privilégié une
focalisation sur la physique antiproton-proton de PANDA à FAIR,
qui est assurément la priorité majeure de NuPECC.
L’implication
dans PANDA est déjà dessinée et porterait
sur la réaction antiproton-proton → e+ e– et
en particulier l’étude des facteurs de forme du proton
dans la région temps. Ce domaine présente un intérêt
certain, dont le sens profond reste toutefois à préciser.
Le CS a souligné sa difficulté expérimentale
et le fait qu’il ne s’inclut pas dans le programme “central” antiproton-proton
(spectroscopie du charmonium, recherche d’exotiques, etc)
non évoqué dans la présentation. Le CS pense également
que l’ampleur de l’implication française dans
la physique de FAIR devrait se conformer approximativement au volume
de l’engagement français dans l’ambitieux programme
général de GSI, engagement dont il souhaite être
tenu informé quand il se précisera.
Tout en
appréciant le souci de focalisation manifesté sur
PANDA, le CS préférerait donc, pour des considérations
de physique, que la possibilité d’un programme au
JLAB 12 GeV, bénéficiant de l’impact que les
groupes français y ont acquis, ne soit pas fermée
dès maintenant.
Il est évident que la communauté de physique hadronique
va devenir rapidement sous critique : si cette physique doit se
poursuivre et, quelle que soit l’orientation finale, il
est indispensable que d’abord l’ensemble des physiciens
français se regroupe et que quelques embauches soient assurées.
6. OPERA (rapporteur : Leslie Camilleri, CERN)
Le but de l’expérience est d’établir
l’apparition de τ lors des interactions d’un faisceau
de νμ sur une cible, preuve irréfutable de l’oscillation
en ντ. Ce signal se manifeste par des courants chargés où la
trace du τ présente une cassure due à sa désintégration.
Le faisceau sera produit au CERN et dirigé vers la laboratoire
du Grand Sasso à une distance de 732 Km de Genève.
Un signal de 10.5 événements est
attendu après
5 années de prise de données supposant la quantité nominale
de protons primaires (pour le moment garantie à 60%). Le
bruit de fond correspondant est de 0.7 événement.
Des études récentes ont montré la faisabilité d’une
mesure de l’oscillation νμ → νe de
sinθ13 avec une limite prévue à 0.06,
sans détecteur
proche. Dans ce cas les limitations sont systématiques et
non pas statistiques.
Etat actuel du projet : des problèmes avec les cornes magnétiques
construites par le LAL ont été détectés à leur
arrivée au CERN. Les points défectueux ont été repris
et réparés par les services du CERN. Le tube à vide
tient sans détérioration du vide pendant des périodes
supérieures à 10 jours. Le commissioning est prévu
en janvier 2006 et le premier faisceau en mai 2006.
Le détecteur est composé de 2 Super Modules. Des
inquiétudes concernent le financement allemand de 700KE.
La HPT du module 2 risque de ne pas être là au début
de l’expérience.
La production de briques élémentaires débutera
en Janvier 2006. La machine correspondante (BAM) arrivera en été 2005
au Gran Sasso et sera testée en automne. Les briques seront
montées à une vitesse de 2.5 mn/brique, tandis que
le temps actuel est de 3.5 min. Par ailleurs, il existe un retard
dans la fabrication et livraison des feuilles de plomb pour les
briques.
Aussi, les Changeable Sheets (CS) présentent des problèmes
de pollution par les cosmiques, non suivis d’auto-rafraîchissement,
ce qui nécessite la mise en place de 2 CS au lieu d’un
seul. Le robot pour leur fabrication reste encore à construire.
Les microscopes d’analyse des émulsions existent
sous deux prototypes. Le système européen offre pour
le moment des meilleurs performances que le système japonais.
La contribution française concerne les parties BMS (LAPP),
DAQ (IPNL) et TRACKER (IReS).
TRACKER (IReS) : 360/496 déjà produits.
L’installation
des premiers plans a montré une déformation de 25
mm qui ne permettait pas leur accrochage. Après la modification
des pièces de liaison, le renforcement des portiques, la
construction de nouveaux rails, le problème a été résolu.
Les inquiétudes concernent un manque de financement de 65
k€, ainsi que les prévisions en missions et personnel
nécessaires
(2.5 personnes en 2005).Tous les chips de l’électronique
FE du Tracker ont été livrés et testés.
DAQ (IPLN) : Les cartes mezzanines + cartes mères
+ cartes horloges sont en bonne voie. Les inquiétudes existantes
concernent les cartes mezzanines en retard, le financement, les
missions et le personnel (1 informaticien à remplacer).
BMS (LAPP) : Le robot de chargement initial des briques et de
changement au fur et à mesure de la prise de données
est prévu en deux exemplaires, un de chaque côté du
détecteur. Le premier est prêt et le second en cours
d’assemblage. Les systèmes de contrôle des robots
sont en développement, et des problèmes de personnel
mettent en péril ce point.
Scanning : 3 systèmes déjà en fonctionnement à Lyon,
4 prévus pour juin 2006.
AUTRES : La quantité de données à stocker
demande 30-100 TB de disque pour la database à Lyon. Travail à prévoir.
L’alignement du détecteur est entrepris par Lyon.
Le système choisi est la photogrammétrie permettant
une précision < 0.1 mm en 30 mn. Il y a possibilité d’ un
deuxième système, plus rapide avec précision < 0.3
mm
Un problème sérieux concerne la diminution du nombre
de chercheurs impliqués dans ce projet observée depuis
son début : de 19 physiciens initialement, ils sont actuellement
14, avec une prévision de 8 pour le fin 2005 et peut-être
5 en 2008 !
Conclusions et recommandations
Le CS remercie
H.Pessard et le rapporteur, L.Camilleri, pour leurs excellentes
présentations.
Le CS salue les progrès accomplis par l’expérience,
et en particulier par les groupes français. Il
note que grâce à de gros efforts et une bonne capacité d’improvisation
de divers labos la plupart des difficultés rencontrées
dans la phase initiale et ayant conduit à une dérive
des étapes sont résolues ou en voie de résolution,
en particulier concernant l’installation de la cible.
Brick
Manipulator System (BMS), électronique et DAQ, entre
autres, sont dans un état satisfaisant. Le système
européen de microscope est considéré comme
un grand succès. Des inquiétudes subsistent : retard
du plomb, financement allemand, financement du High Precision Tracker.
La plupart des difficultés sont liées à un
personnel et à des allocations de missions limités. Mais
on ne voit pas de problème technique majeur résiduel.
L’expérience a été définie en
toute connaissance de cause dans un but précis, conçue
en conséquence et n’offre que peu de possibilités
de physique supplémentaire. Il est
néanmoins recommandé de
les exploiter pleinement, par ex. d’améliorer la mesure
de θ13 autant que faire se peut, et de rester
ouvert à des
scénarios exotiques quand ils se présentent.
Le
CS apprécie que le bruit de fond estimé soit
réactualisé en utilisant les données de CHORUS,
validé ou en cours de validation par divers tests et que
des méthodes en vue de le baisser encore soient étudiées.
Ceci nous ramène au problème de main d’œuvre
car il est difficile de se préoccuper de physique et d’analyse
en ayant tant à faire au niveau de la construction et de
l’analyse. Le CS souhaite que la participation à la
physique des groupes français soit à la hauteur de
leur implication dans la réalisation de l’instrument.
La fonte dramatique du nombre de physiciens doit être stoppée,
les demandes d’un informaticien à IPNL, de deux ingénieurs
au LAPP et de frais de missions suffisants doivent être considérées
positivement.
Malgré un niveau de complexité supérieur à celui
d’une expérience ordinaire (due par ex. à l’"usine"
qu’est
la Brick Assembly Machine) et des difficultés résiduelles,
l’expérience semble avoir la possibilité d’exploiter
le faisceau de neutrinos qui devrait être disponible fin
2006. Le CS recommande que tout soit fait
pour assurer ce run.
7. R&D en vue du détecteur de l’ILC
ILC : partie CALICE (rapporteur Ties Behnke, DESY)
Remarques générales : Le R&D pour les détecteurs
de l'ILC a commencé essentiellement en Europe et en Asie.
Les USA ont rencontré des problèmes de financement
: néanmoins ils se focalisent sur le SiD. En Asie l'intérêt
s'est exprimé en Corée, en Inde et en Chine. En France
le soutient est fort, ainsi qu'en Allemagne, autour de DESY. En
Angleterre les efforts ont été financés dernièrement.
Des moyens plus limités sont alloués pour ces projets
en Italie, en Hollande et dans les Pays de l'Est. En Russie le
programme est largement suivi mais pas soutenu financièrement.
Du côté des financements européens, le projet
EUDET a été bien classé et a de bonnes possibilités
d'obtenir 7ME. On attend la confirmation officielle.
L'organisation en collaboration avance, avec un Costing Design
Report prévu en 2007 et un TDR pour 2009.
CALICE : beaucoup de progrès effectué, couronné par
une prise de données en faisceau test. Il faudra maintenant
mettre le poids sur l'exploitation rapide des données. Faire
attention au software et la reconstruction sur CALICE, effort qui
semble faible dans la communauté française. La construction
d'un prototype plus large est essentielle pour prouver la faisabilité de
cette technique. La contribution française à la calorimétrie
hadronique semble être marginale dans la collaboration CALICE.
L'effort de poursuivre CALICE devra constituer une priorité.
On rappelle que la contribution française correspond à 25%
du coût de CALICE.
ILC : partie tracking et vertexing (rapporteur Jan Timmermans,
NIKHEF)
En France, des efforts sont développés autour de
trois projets, CMOS, SiLC et la TPC.
Le projet MAPS concerne un détecteur de vertex. Plusieurs
défis sont à relever quant à l'épaisseur
minimum à atteindre, une très haute segmentation,
haute précision et lecture rapide.
Un progrès soutenu a été effectué par
le groupe de Strasbourg concernant le développement d'éléments
de petite taille. Les tests de résistance aux radiations
ont montré une tolérance adéquate. Ce projet
se développe en collaboration avec l'INFN et BNL. Pour l'intégration
en détecteur, des groupes de Hamburg, de l'INFN et de Berkeley
sont aussi impliqués.
Par la suite, il faudra étudier les performances du détecteur
en présence de matière, les problèmes liés à l'intégration
et le montage des éléments en échelles, la
mécanique associée. Il faudra aussi surveiller une éventuelle
apparition d'interférences électromagnétiques.
SiLC : il s'agit d'un détecteur de tracking. Le LPNHE est
leader de ce projet. Dernièrement, les chips de lecture
ont démontré leur bon fonctionnement et sont déjà disponibles.
Beaucoup de réalisations en matière de fabrication,
mécanique et moyens de tests (bancs test, alignement) ont été faites.
Les efforts doivent être soutenus.
TPC : Un groupe réduit de physiciens (de Saclay + LAL Orsay)
est rassemblé autour de la technologie de lecture par Micromegas.
Les physiciens de ce groupe participent par ailleurs à la
réflexion mondiale sur l'optimisation du gaz, les tests,
l'amélioration des performances, la lecture CMOS. Pour l'avenir
il faudra travailler sur un premier prototype. Le groupe est sous-critique
et aura besoin de renfort.
Conclusions et recommandations
Le CS remercie
les orateurs, J.C.Brient et M.Winter, et les rapporteurs T.Behnke
et J.Timmermans pour la qualité de leurs présentations.
Les
projets de R&D proposés
pour un détecteur de
l'ILC possèdent une motivation physique convaincante.
Le
projet de R&D calorimétrique CALICE
visant à optimiser
du point de vue calorimétrique le "particle flow" sur
la base d'une bonne séparation de traces et d'une bonne
intégration ECAL/HCAL est innovant et ambitieux du point
de vue hardware et du point de vue software.
Il se développe dans une vraie et forte collaboration à l'intérieur
de laquelle les groupes français, concentrés il est
vrai sur le ECAL, jouent cependant un rôle moteur.
Les intentions et responsabilités sur l'ensemble des composantes de CALICE
sont bien définies par un MOU récent.
On envisage une
réponse sur la faisabilité du projet
ECAL dans un CDR en 2007.
La montée en puissance du projet de R&D se fait
de manière
bien pensée et les demandes actuelles d'AP sont raisonnables.
La description du projet pour 2005-2006 présente de façon équilibrée
l'étude du prototype actuel et ses tests en faisceaux et
les R&D nécessaires à la conception de protos
de grande échelle concernant leur mécanique, leur électronique
FE et l'utilisation du Si amorphe.
Un des objectifs de l'année 2005 est l'évaluation
du coût de ces protos, facteur déterminant pour les
années à venir.
Le CS souhaite qu'un effort
adéquat soit mis dans le software
afin de garantir une analyse détaillée des données
du proto actuel, dont il appréciera une présentation
le moment venu.
Le programme de R&D sur les
MAPS, détecteurs pixels monolithiques,
est également innovant et bien mené. Le
but est de trouver un équilibre entre des conditions a priori
contradictoires, granularité, minceur, signal collecté,
faible consommation, vitesse de lecture, nécessité de
refroidissement et dureté aux radiations. Les MAPS et FAPS
(cellules à mémoires)
constituent l'une des voies explorées (à côté des
CCD, DEPFET) pour concevoir le VDET optimal de l'ILC. Aucune n'est
prouvée et il faut donc mener de front les R&D correspondants.
La
série des MIMOSAS a apporté des
résultats
prometteurs sur les divers points et se poursuit. Au rythme souhaité pour
les chips nouveaux et les divers protos, la dépense annuelle,
aujourd'hui modérée, devrait s'établir dans
le futur autour de 200 à 400 K€ par an.
Une distribution
possible des tâches entre labos participants
est décrite succintement et le CS pense
que la collaboration peut et doit être renforcée.
Les
travaux français sur le tracking comportent :
-
un engagement sur le tracking Si où le
LPNHE joue un rôle déterminant et a obtenu de beaux
résultats,
comme par ex. le premier chip FE réalisé en technologie
0.18 micron. Ce R&D s'inscrit dans le cadre d'une vaste collaboration,
mais beaucoup moins structurée que dans les cas précédents.
-
un
engagement sur la lecture de la TPC par Micromegas, avec également
des résultats intéressants, par ex. sur la suppression
du retour des ions. Ce groupe est cependant sous critique et
doir s'étoffer s'il veut participer activement aux futures
campagnes de tests des protos.
Une remarque générale : il est souhaitable
que, sauf si une raison physique impérieuse nécessite
une approche spécifique, une synergie
aussi poussée
que possible existe entre les différents programmes de R&D
en Physique des Particules. D'une part les études
faites pour l'ILC devraient s'inspirer des R&D et procédures
réalisés,
par ex. pour le LHC. D'autre part des programmes autres que l'ILC
(SLHC, cibles fixes, CLIC…) nécessiteront également
des R&D et il est important d'identifier ce qui peut être
accompli en commun.